010 Ce qui pourrait libérer l’art du 21e siècle de l’objet d’art: L’invisuel

Mercredi 30 janvier 2013
14h00 - 17h00
Ce qui pourrait libérer l’art du 21e siècle de l’objet d’art: L’invisuel
Quand ce qui se fait voir se fait avoir
« L’art visuel est devenu relativement pasteurisé, mais on peut toujours changer de voie. »
Intervenant : Yves Michaud
Lieu : 
Maison de l'Amérique latine



Compte-Rendu
- Rédigé par Lauraine Dufour-Videloup

LA VAPORISATION DE L’ART ?
DESCRIPTION ET ENJEUX

Méthode et propos de l’auteur :
Yves Michaud se réclame du courant sceptique de la philosophique. Sa position serait aussi commune à celle de l’ethnologue, qui met à jour la méthode «d’observation participante» (début XX ème) : un pied dans le milieu que l’on étudie, un pied en dehors.
Ainsi, Yves Michaud dit ne pas se placer dans une posture
de condamnation, ni de jugement à priori, vis à vis de la situation actuelle de l’art contemporain ; sa méthode consistera plutôt en une description des différentes mutations de l’art d’aujourd’hui.
La thèse du livre :
Les pratiques et les usages de l’art se sont vaporisés dans toutes les sphères de la consomation de biens, matériels
et immatériels, et ce phénomène est à l’origine de nouveaux secteurs économiques. (Design d’expérience ...) L’art se verait ainsi entraîné dans le culte du luxe, et de la starfication. On assiste alors à une transformation des objets d’art en vapeur et en expériences.
Diagnostic que l’oeuvre -l’objet d’art- n’est plus le support matériel nécessaire à l’émotion artistique.
Émergence des «atmosphères artistiques»:
L’avènement de l’installation dans les galeries a contribué à la diffusion massive «d’atmosphères artistiques», c’est
à dire de dispositifs à produire des sensations, de types immersifs. Cette notion d’atmosphère artistique s’est étendue à bien d’autres domaines, -en témoigne l’adjectif «arty» utilisé pour taxer sans distinctions les différentes ambiances d’arts, que l’on rencontre dans les magasins, les lieux publics ...
- Le luxe est le domaine où se sont le plus massivement imposées les atmosphères artistiques. Luxe entendu
comme jouissance d’un bien matériel, mais aussi d’un bien immatériel ; le luxe d’expérience désigne cette recherche de l’expérience unique et sensationnelle, telle que s’offrir un séjour dans un palace, ou un tour en orbite. Le luxe touche autant les domaines de la mode, du voyage, de l’esthétique corporelle, que du design ou de la cuisine.
- Le design (sous branche du luxe) ne repose plus
seulement sur le design d’objet, mais également sur
le design d’expériences.Les Concept store, par exemple, mettent en place un marketing experientiel, dont l’objectif est de faire croire au consomateur qu’il est une personne unique.
On aboutit à un phénomène de dé-hiérarchisation des arts: la porcelaine, le parfum, considéres comme arts mineurs deviennent des productions de luxe, donc de grande valeur.
Une présentation d’Yves Michaud sur la situation actuelle de l’art contemporain en France et dans le monde occidental
Ses reflexions reposent notamment sur son livre paru en 2003 : L’art à l’État Gazeux.
(Sous titre : Essai sur le triomphe de l’esthétique). Editions Hachette Littératures - coll. Pluriel. cf iheap/bibliographie).
Un deuxième volet est à paraître en 2014.
Les travaux d’Yves Michaud l’ont amenés à poursuivre ses recherches sur «le fonctionnement du plaisir industriel», en prenant pour exemple la situation d’Ibiza.
Il s’agit de repérer des couplages entre attitudes touristiques et esthétiques, sans se défendre d’un bon ou d’un mauvais modèle de touriste.
Alors que les objets disparaissent de l’art, le monde semble s’esthiciser : quelle est alors la place de l’art et de l’artiste ?
- Un artiste photographe (nom et date ?) signe des portraits photographiques des habitants des quartiers Nord de Marseille. Avec l’appui de Jean-Claude Decaux, «N° 1 mondial de la Communication Extérieure», les images font l’objet d’un affichage urbain sur les abris de bus. Lors d’un débat entre l’artiste-photographe et Jean-Claude Decaux, il apparaît que ce dernier maîtrise bien plus les facteurs de la visibilité. Cette anecdote montre bien qu’une absorbtion de l’art par le domaine de la communication est à l’oeuvre. (Sans jeux de mots.)
- À la fin des années 1980, les premiers Véhicules pour sans-abri à New York de Krzysztof Wodiczko sont cataloguées comme des sculptures engagant de nouveaux modes de communication entre espace privé et espace public. Quelques temps après, une fondation américaine se lance dans le même type de construction, à ceci près qu’aucune vocation artistique ne préside à la démarche. Tout semble donc unifié par l’esthétique.
On peut aussi s’appuyer sur différents exemples de «design d’ambiance», dans les gares, mais également lors de l’ouverture des J.O, ou lors de commémorations.
-Regarder aussi le Food Air Project, mouvement pour le maintien de l’aide alimentaire en Europe, basé sur une stratégie de communication proche du happening.
Alors : l’art et l’artiste doivent-ils se démarquer de l’esthéticisation du monde ?
Et si oui, de quelles façons ?
Quels champs sont possibles ?
Yves Michaud a dressé une sorte de typologie des champs d’action possibles :
. L’artiste commercial : (Wharol, Disney).
L’artiste à produire des parcs à thèmes, en résumé. Certain musée, (Bilbao) s’apparentent à cela. L’artiste commercial apparait comme une directeur artistique. (Brian Eno).
Intervenant YVES MICHAUD,
Philosophe.
. L’artiste parasite :
(Entendu comme le parasite qui utilise un corps autre pour vivre, excluant le caractère dérangeant du parasite que nous projetons couramment).
Pour des exemples de tels artistes «parasites», nous considérerons les réalisations par Nan goldin de campagnes d’affichage pour la SNCF. Ou encore le fait qu’Adel Abdessemed ou Kadder Attia se retrouvent achetés et exposés
par des collectionneurs fortunés, ce qui rend bien innofensif le contenu politique de leurs propos.
Ces exemples pointent le risque de se faire absorber par le commercial et par son approche consensuelle.
. Le conceptuel : L’artiste inventeur de concepts.
. l’invisible / . Le mince et le fragile :
Ces deux dernières possibilités semblent se démarquer le plus fortement de la tendance d’esthéticisation généralisée. Est cité Francis Alys, et le cas de Yan Dumoget, (a exposé à la LVMH les débris de son tour du monde en low coast) ; des pratiques où le peu occupe la place principale.
Discussion : Un débat s’est ouvert sur les modes d’expositions des formes qualifiées de furtives :
Yves Michaud : « Comment promouvoir ce genre de pratique ?» Pour le cas de Yan Dumoget, il évoque la prochaîne étude de marché qu’il fera à ce sujet. (à mon sens une étude de marché visant à inciter les collectionneurs à acheter «presque rien» pourrait avoir un grand intérêt).
Question de Caroline :
= > «L’art vaporisé doit-il être recongelé pour se convaincre qu’il y a bien art quelque part ?» (Faut il forcément que le presque rien passe par l’exposition d’un document qui archive l’action? )
=> Y. Michaud évoque le cas de Françoise et Jean-Philippe Billarant, collectionneurs d’art conceptuel. Le centre d’art de Villeurbanne a acheté et fait réaliser les pièces à partir des certificats. Conclusion d’Yves Michaud : pour l’art conceptuel, on peut acheter les conditions d’une expérience. (donc réitérable).
=> Question de Jean-Baptiste à propos de la vente d’une conversation dont ne subsiste aucun enregistrement, (donc non-réitérable), et dont seul un papier réalisé lors de sa vente atteste de l’existence de ladite conversation. (à vérifier).
=> Question de Caroline : «Ne peut-on pas imaginer des collections d’un autre type que les certificats, qu’un bout de papier ?»
=> Réponse Y. M : «Il faut qu’il y ait une trace si vous voulez que quelque chose existe, et entre dans une collection».
Il y aurait donc un impératif à savoir garder et bien conserver les traces.
Le débat se poursuit donc sur la question de l’archivage.
Y. Michaud rapelle les grandes catégories d’archives que l’on rencontre autour des oeuvres d’art :
- L’objet lui même, s’il peut garder une certaine pérennité.
- Un certificat, une photo, un enregistrement, une lettre…
Il souligne aussi l’importance de l’indexation , qui est le processus consistant à décrire un texte, ou un objet, par un nombre réduit de termes particulièrement significatifs. (des mots clefs). Cela permet d’identifier le document dans un catalogue ou à travers un moteur de recherche. L’indexation revient donc à dessiner des suites de cadres pour y stocker des documents.
Rq : on appelle «indexicalisation» la faculté de rattacher une idée ou une forme, à un contexte.
Une suite de discussion pourrait aussi porter sur la nécessité d’interroger le sens même de nos participations à l’iheap, par rapport à la situation de l’art et la perte du rôle du politique, qui a été décrite cet après midi.
Y. M : «L’art contemporain est un art à engagement faible»
et «l’art n’est plus transgressif».
Nuance : Sur le sujet de la transgression , Alexandre reprécise que transgresser les règles du jeu de l’art n’est pas transgresser l’art : tout est dans la finalité. Il précise aussi que (selon lui) les publicitaires sont dix fois plus forts que les artistes. Quand la société est plus intéressante que l’art lui même, cela contraint l’ensemble des acteurs de l’art à aller plus loin.
Cela étant, on peut quand même pointer un risque d’être nivelé par le bas. «Ce n’est plus dans le domaine politique qu’il y a des changements...les politiques sont la pour enregistrer les changements». Est ce que le diagnostic de Yves Michaud est forcément le même concernant l’art ?
Point de vue personnel et suite de discussion possible au sujet de l’archivage des pratiques dites furtives :
-L’impératif qui consiste à «obliger» toutes pratiques, surtout furtives, à fournir des documents-preuves de leurs actions me semble une idée préconcue, qui reconduit la logique d’une présentation d’exposition, donc d’une esthéticisation du document, quand bien même le propos initial semblait vouloir s’affranchir des cadres normatifs de l’exposition.
Pour éviter une sorte de récupération esthéthique des documents, repenser concrètement leurs modes de diffusion ?
Pistes :
La dissemination, l’adresse à un nombre réduit de personnes, des dispositifs de transmition privilégiant l’oralité...
cela peut être la tâche commune d’artistes, de critiques, ainsi que des responsables de fonds documentaires ...
Bilan de la séance :
- Un manque de traduction en langue anglaise est manifeste dans ce type de séance où tout se passe en français. Si cela doit se reproduire, essayer de traduire un quart d’heure, en tournant, pour les particpants qui nécessitent une traduction.
- Conseil de bien cerner les propos de l’intervenant en amont de la séance de façon à le rencontrer avec dejà en tête des questions à lui poser. Plus prendre la parole.

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